Contrat de Cession de Droit d'Auteur

Le Contrat de Cession de Droit d'Auteur

La cession de droit d'auteur est un mécanisme essentiel dans le domaine de la création intellectuelle, permettant aux auteurs de valoriser leurs œuvres tout en protégeant leurs intérêts. Cet article explore les différents aspects de la cession de droit d'auteur, en mettant en lumière les exigences formelles et les pratiques contractuelles courantes.

Définition d’une œuvre originale

Qu'est-ce qui est concerné par le droit d’auteur ?

Le droit d'auteur protège les œuvres originales, c'est-à-dire celles qui portent l'empreinte de la personnalité de lauteur de l’œuvre. Cela inclut les livres, les œuvres musicales, audiovisuels, les peintures, les photographies, les logiciels, et bien d'autres créations intellectuelles.

 Pour être protégée, une œuvre doit être originale et fixée sur un support tangible. En droit d'auteur, certaines créations ou éléments ne sont pas protégés par la propriété intellectuelle car ils ne remplissent pas les conditions nécessaires. 

 ●      Les idées, concepts et méthodes : Le droit d'auteur protège l'expression d'une idée, mais pas l'idée elle-même.

●      Les œuvres tombées dans le domaine public : Une fois les droits d'auteur expirés (généralement 70 ans après la mort de l'auteur), l'œuvre devient libre de droits.

●      Les faits et données brutes : Les données, informations ou faits en eux-mêmes ne sont pas protégés, sauf si leur présentation ou leur mise en forme est originale.

Quelle est la durée des droits d'auteur ?

En France, les droits patrimoniaux d'un auteur sont protégés pendant toute sa vie et jusqu'à 70 ans après sa mort. Il existe des exceptions, comme un délai plus court de 25 ans pour les œuvres posthumes.

Passé ce délai, l'œuvre entre dans le domaine public et peut être librement utilisée. Cependant, les droits moraux de l’auteur sont imprescriptibles et incessibles, et sont transmis par la suite aux héritiers et/ou ayants-droit. Il est de fait nécessaire de respecter ad vitam aeternam, les droits moraux de l’auteur. 

Dans la pratique, certains usages sectoriels peuvent porter atteinte aux droits moraux, comme l'absence de mention du nom du photographe dans les publicités.

Quels sont les Droits d’Auteur Pouvant Faire l’Objet d’une Cession ?

Les droits d'auteur se divisent en droits patrimoniaux (adaptation, représentation, représentation) et droits moraux.

Les droits patrimoniaux, peuvent être cédés à des tiers, ce qui incluent :

-              Le droit de reproduction : À travers ce droit, l’auteur autorise la reproduction de son œuvre, qu'elle soit matérielle (impression, copie) ou immatérielle (numérisation, enregistrement). La reproduction peut se faire sur divers supports, tels que le papier, les supports numériques, ou encore les supports audiovisuels.

À titre d’exemple, il peut s’agir de l’artiste qui autorise son cessionnaire de vendre des copies matérielles de son œuvre (cd/vinyle), et des copies immatérielles (streaming) de son œuvre.

-              Le droit de représentation : Ici l’auteur autorise la communication de l’œuvre au public. C’est à travers ce droit, que l’auteur contrôle la manière dont son œuvre est présentée au public.

À titre d’exemple, un compositeur peut céder le droit de représentation de sa musique à un orchestre, qui pourra alors interpréter l'œuvre en public.

 -              Le droit d'adaptation : Le droit d’adaptation consiste en l’autorisation, ou l’interdiction donnée de modifier l’œuvre pour créer une œuvre dérivée. Cela inclut les adaptations cinématographiques, les traductions, ou encore les arrangements musicaux.

À titre d’exemple, un auteur de roman peut céder le droit d'adaptation à un producteur de films, qui pourra alors réaliser une adaptation cinématographique de l'œuvre.

Les droits moraux, tels que le droit au respect de l'œuvre et le droit de paternité, sont incessibles, bien que des mécanismes contractuels puissent permettre certaines dérogations. Ainsi il est impossible de céder l’intégralité des droits.

Qu'est-ce qu'un contrat de cession de droits d'auteur ?

Signer un contrat de cession de droit d'auteur permet de formaliser la transmission des droits patrimoniaux à un tiers. Ce contrat protège à la fois l'auteur, titulaire initial des droits, et le cessionnaire en définissant clairement les conditions de la cession, notamment la durée, l'étendue et la rémunération.

Il est crucial de respecter un formalisme strict, car même si l'auteur a l'intention de céder ses droits à un instant donné, sans contrat écrit respectant le formalisme imposé par le Code de la Propriété Intellectuelle à l’article L.131-3, les droits ne sont pas réellement cédés.

En effet, depuis la réforme de l’ordonnance du 10 février 2016, la loi est venue mettre fin aux débats doctrinaux en matière de cession dites « implicites » puisqu’il est désormais demandé expressément un écrit pour constater la cession des droits d’auteur. En absence d’un tel écrit, la jurisprudence réfute depuis 2016 et ce de manière constante les cessions implicites de droits d’auteur.

Attention : en pratique, les exploitants sont surreprésentés par rapport aux auteurs, ce qui entraîne bien souvent des exploitations abusives des droits des auteurs.

Protection des droits moraux

Bien que les droits moraux soient incessibles, des mécanismes contractuels permettent certaines dérogations. Par exemple, céder le droit d'adaptation peut impliquer une modification de l'œuvre, affectant ainsi son intégrité. Il est crucial pour les auteurs de comprendre ces implications et de négocier des clauses protectrices.

Comment rédiger un contrat de cession  

Le contrat de cession de droits d’auteur doit respecter un formalisme très précis. En effet, l’article L. 131-3 du Code de la Propriété Intellectuelle dispose que :

« La transmission des droits de l'auteur est subordonnée à la condition que chacun des droits cédés fasse l'objet d'une mention distincte dans l'acte de cession et que le domaine d'exploitation des droits cédés soit délimité quant à son étendue et à sa destination, quant au lieu et quant à la durée. »

En application de l’article, un contrat de cession de droits d’auteur doit inclure plusieurs clauses essentielles :

-              Droits cédés : préciser quels droits sont cédés (reproduction, représentation, etc.) à travers des mentions distinctes ;

-              L’étendue et la destination : il est nécessaire de cadrer l’œuvre cédée, et l’objectif finale de la cession des droits entourant l’œuvre ;

-              Durée de la cession : définir la période pendant laquelle les droits sont cédés ;

-              Territoire : spécifier les zones géographiques couvertes par la cession ;

-              Rémunération : indiquer le montant et les modalités de paiement.

Les Différents Contrats Spéciaux d’Auteur

Il existe divers types de contrats spéciaux conçus pour différentes catégories d'œuvres. En raison de la nature particulière de certaines relations contractuelles, le Code de la propriété intellectuelle (CPI) inclut des dispositions spécifiques pour régir ces types de relations.

Contrat d'édition

L’article L.132-1 du Code de la Propriété Intellectuelle définit le contrat d’édition comme :

« Le contrat par lequel l'auteur d'une œuvre de l'esprit ou ses ayants droit cèdent à des conditions déterminées à une personne appelée éditeur le droit de fabriquer ou de faire fabriquer en nombre des exemplaires de l'œuvre ou de la réaliser ou faire réaliser sous une forme numérique, à charge pour elle d'en assurer la publication et la diffusion. »

Contrat de représentation

L’article L. 131-18 du Code de la Propriété Intellectuelle définit le contrat de représentation comme :

« Le contrat de représentation est celui par lequel l'auteur d'une œuvre de l'esprit et ses ayants droit autorisent une personne physique ou morale à représenter ladite œuvre à des conditions qu'ils déterminent. »

Contrat de production audiovisuelle

Le contrat de production audiovisuelle est prévu par les articles L. 132-23 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle.

À ce titre, il est prévu que « Le producteur de l'œuvre audiovisuelle est la personne physique ou morale qui prend l'initiative et la responsabilité de la réalisation de l'œuvre. » et que « Le contrat qui lie le producteur aux auteurs d'une œuvre audiovisuelle, autres que l'auteur de la composition musicale avec ou sans paroles, emporte, sauf clause contraire […] cession au profit du producteur des droits exclusifs d'exploitation de l'œuvre audiovisuelle. »

Comment Fixer le Prix d’une Cession ?

Le prix d'une cession de droit d'auteur dépend de plusieurs facteurs, notamment la notoriété de l'œuvre, l'étendue des droits cédés, la durée et le territoire de la cession.

Il est recommandé de consulter des professionnels du secteur pour évaluer correctement la valeur des droits. La rémunération peut être forfaitaire ou variable, selon les modalités de l'exploitation de l'œuvre.

Cas de la cession à titre gratuit

La cession à titre gratuit signifie que l'auteur cède ses droits sans contrepartie financière. Cela peut se produire dans des contextes spécifiques, comme des collaborations à but non lucratif, des projets éducatifs ou des initiatives culturelles.

Cependant, il est crucial de formaliser cette cession par écrit, même si aucune rémunération n’est prévue. La jurisprudence a pu considérer concernant une cession de droits de marque, que lorsque la cession s’effectue à titre gratuit, cette dernière est une donation.

Or, l’article 931 prévoit que « Tous actes portant donation entre vifs seront passés devant notaires dans la forme ordinaire des contrats, sous peine de nullité ».

Cette solution n’a cependant pas encore été transposée en droit d’auteur, affaire à suivre…

Distinguer la commande d’une œuvre et la rémunération au titre de l’exploitation de l’œuvre

Dans un premier temps, lorsqu'un auteur est commissionné pour créer une œuvre spécifique, la rémunération est souvent forfaitaire. Cela signifie que l'auteur reçoit un montant fixe convenu à l'avance pour la création de l'œuvre. Cette rémunération couvre généralement le temps et les efforts nécessaires à la création, ainsi que la cession des droits d'auteur sur l'œuvre commandée.

Ensuite, et contrairement à une commande, la rémunération pour l'exploitation d'une œuvre existante peut être variable. Elle dépend souvent des revenus générés par l'exploitation de l'œuvre, comme les ventes, les diffusions ou les licences. L'auteur peut recevoir des royalties, qui sont des pourcentages sur les revenus générés.

Règles Spécifiques aux Agents Publics

Les agents publics sont soumis à des règles spécifiques en matière de droit d'auteur. Les œuvres créées dans le cadre de leurs fonctions appartiennent généralement à l'administration, sauf dispositions contraires.

En effet, l’article L. 131-3-1 du Code de la Propriété Intellectuelle dispose que :

           « Dans la mesure strictement nécessaire à l'accomplissement d'une mission de service public, le droit d'exploitation d'une œuvre créée par un agent de l'État dans l'exercice de ses fonctions ou d'après les instructions reçues est, dès la création, cédé de plein droit à l'État. »

Conséquences si le Contrat n’est pas Respecté

En cas de non-respect du contrat de cession, l'auteur peut engager des poursuites pour obtenir réparation sur le fondement de la contrefaçon.

 Les sanctions peuvent inclure des dommages-intérêts et l'annulation de la cession. La contrefaçon n'exige pas la volonté de nuire, même sans intention, l'exploitation non autorisée d'une œuvre constitue une contrefaçon.

Conclusion

La rédaction d'un contrat de cession de droit d'auteur est un processus complexe qui nécessite une attention particulière aux détails contractuels et aux pratiques sectorielles. En respectant un formalisme strict et en comprenant les implications légales, les auteurs peuvent protéger leurs intérêts tout en valorisant leurs créations.

Kibler Avocat se distingue par une expertise pointue en matière de droit d'auteur, acquise grâce à une pratique dédiée à la valorisation d’auteurs français et internationaux. Notre cabinet conseille une clientèle diversifiée, allant des artistes indépendants (illustrateurs, compositeurs, musiciens, architectes, designers) aux plus grandes structures en passant par de plus jeunes start-ups. 

Maître Antoine Kibler Avocat, avocat au barreau de paris et son cabinet sont au service des auteurs et de tous ceux qui savent en reconnaître la valeur, et seront très heureux de vous accueillir lors d’un rdv.

Entreprises et clients, nous restons à votre disposition pour discuter de toute information juridique concernant la cession de vos droits d’auteur.

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