Comment protéger votre nom de domaine contre les imitateurs ?
Comment protéger votre nom de domaine contre les imitateurs ?
I. Introduction : Définition et enjeux du nom de domaine
II. Comprendre les menaces : Piratage et Usurpation
1) Le Cybersquattage
2) Le Typosquattage
3) Le Combosquattage
III. Bien choisir et sécuriser son nom de domaine
1) Quand le choisir ?
2) Comment le choisir ?
3) La gestion du renouvellement
4) DNS et DNSSEC
IV. Que faire en cas d’imitation ou d’usurpation ?
1) La phase amiable
2) Les procédures extrajudiciaires (SYRELI et UDRP)
3) L'action judiciaire
V. FAQ
I. Introduction : définition et importance du nom de domaine
Le nom de domaine est l’adresse unique identifiant un site internet. Il constitue un moyen technique de localisation et d’accès aux pages de ce site internet. C’est la traduction en un nom intelligible et mémorisable d’une adresse IP.
Cependant, dans le paysage numérique actuel, il est bien plus qu’un simple outil technique le nom de domaine a aussi une véritable valeur commerciale et est devenu un véritable outil de communication. Au même titre qu’une marque ou qu’une enseigne, le nom de domaine permet aujourd’hui d’attirer par lui-même la clientèle. C’est donc un actif essentiel dans le patrimoine immatériel d’une entreprise, il convient donc de le protéger et de le défendre.
II. Comprendre les menaces : Piratage et Usurpation
Il existe différentes menaces susceptibles de perturber votre développement. Les cybercriminels, en s’attaquant à votre identité numérique, tentent souvent de détourner votre trafic.
1. Le Cybersquattage
En matière de nommage sur Internet, la règle du « premier arrivé, premier servi » est celle s’appliquant par défaut.
Cela favorise des pratiques comme le cybersquatting (aussi cybersquattage), une pratique consistant à accaparer, en le déposant, un nom de dom reprenant ou évoquant une marque, un nom commercial, un patronyme ou toute dénomination, afin de tirer un profit matériel ou moral de sa notoriété présente ou à venir. En d’autres termes, il s’agit d’une pratique visant à faire l’acquisition d’un nom de dom d’une marque déposée, d’une entreprise ou d’une personne afin de la contraindre à lui acheter ce nom de domaine au prix fixé par le contrefacteur. Le cybersquatting peut aussi prendre la forme d’une arnaque aux consommateurs. Les pirates vont créer des sites web en se faisant passer pour une marque afin de leur soutirer de l’argent ou leurs coordonnées bancaires.
2. Le Typosquattage
Le typosquattage (aussi appelé typosquatting) est une technique d’attaque plus insidieuse. Le typosquatteur va enregistrer un nom de domaine avec un nom délibérément mal orthographié ou avec des caractères manquants par rapport à un site web connus.
Les pirates informatiques utilisent cette méthode pour attirer les visiteurs peu méfiants vers d’autres sites web, généralement à des fins malveillantes.
Les utilisateurs peuvent se retrouver sur des sites typosquatté en tapant par inadvertance le nom du site web populaire dans son navigateur et se retrouver sur le site frauduleux ou encore en cliquant sur un lien qui ressemble au site recherché. Les pirates informatiques peuvent imiter l’aspect du site internet dans l’espoir que les utilisateurs divulguent leurs informations personnelles, comme leur carte de crédit ou leurs coordonnées bancaires.
Ce type de pratique a aussi un impact pour les entreprises titulaires du « vrai » nom de domaine car chaque utilisateur « détourné » correspond à un client perdu.
Exemple de typosquattage
https://kibleravocat.com VS https://kibleeravocat.com
3. Le Combosquattage
Le combosquattage est une pratique assez proche du typosquattage sur la finalité recherchée. Néanmoins, ici le nom de domaine frauduleux ne sera pas écrit avec une faute d’orthographe mais avec un élément permettant d’imiter le nom d’origine. Généralement les attaquants vont associer le nom de domaine à un terme conçu pour donner un sentiment d’urgence (comme "support", "paiement", "promo") afin d’encourager les victimes à cliquer sur ce qui semble être à première vue un lien légitime.
Exemple de combosquattage
https://kibleravocat.com VS https://promotion-kibleravocat.com
III. Bien choisir et sécuriser son nom de domaine
1. Quand choisir son nom de domaine ?
Le choix du nom de domaine doit intervenir le plus tôt possible dans le développement d’un projet, dès sa phase de conception. La réservation s’effectue auprès d’un bureau d’enregistrement, également appelé registrar, selon la règle du « premier arrivé, premier servi », puisqu’il ne peut techniquement exister deux noms de domaine identiques. Cette contrainte rend l’anticipation indispensable afin d’éviter toute situation de squattage, de cybersquattage ou d’usurpation par un tiers exploitant un nom semblable au vôtre.
Réfléchir en amont aux choix de nommage permet non seulement de sécuriser votre identité numérique, mais aussi de limiter les risques de conflits liés à des enregistrements opportunistes. Cette démarche est d’autant plus essentielle lorsqu’ils s’inscrivent dans des projets commerciaux ou artistiques, pour lesquels la création d’un site internet constitue aujourd’hui une étape quasi systématique.
2. Comment choisir son nom de domaine ?
Un nom de domaine se compose de deux éléments principaux : le radical et l’extension.
Le radical, constitué d’une chaîne de caractères, a vocation à reprendre le nom de votre marque ou de votre projet afin d’assurer une cohérence de nommage et d’éviter toute parodie ou imitation pouvant être exploitée par un typosquatteur ou un cybersquatteur. D’un point de vue marketing, cette cohérence est essentielle car elle rend le nom de domaine plus facilement identifiable et mémorisable, ce qui limite les risques de détournement de trafic vers des sites semblables mis en place à des fins d’escroquerie ou d’hameçonnage.
L’extension peut être géographique, comme le .fr pour la France ou le .eu pour l’Europe, ou générique, comme le .com, souvent associé à des activités commerciales ou internationales, tandis que certaines extensions sectorielles sont strictement réservées à des entités spécifiques. Le choix d’une extension reconnue permet de renforcer la confiance des utilisateurs et de réduire les risques de supercherie, car elle rend plus visibles les tentatives d’usurpation par des acteurs malveillants qui tentent d’exploiter des variantes du nom.
Il est également crucial de vérifier la disponibilité du nom de domaine afin de s’assurer de ne pas porter atteinte aux droits antérieurs de tiers. Cette étape est déterminante pour prévenir les litiges liés à la contrefaçon ou au cybersquattage. Il est recommandé de vérifier si le radical envisagé n’est pas déjà protégé à titre de marque, notamment auprès de l’INPI, et de s’assurer qu’il n’est pas trop proche de celui d’un concurrent, car les sites trop semblables peuvent semer la confusion chez les utilisateurs et être perçus comme des tentatives de détournement.
Ces vérifications peuvent être réalisées grâce aux outils de recherche de disponibilité proposés par les registrars, ainsi que par des services comme Who.is, qui permettent d’identifier le titulaire d’un nom de domaine, ses dates d’enregistrement et d’autres données utiles qu’aux fins de veille et de protection. Il est enfin indispensable de consulter les bases publiques de marques afin d’éviter qu’un tiers ne puisse ultérieurement agir pour d’exploiter ses droits contre votre nom de domaine.
3. Le renouvellement du nom de domaine
Le renouvellement d’un nom de domaine est indispensable pour conserver l’usage de votre site web, celui-ci étant accordé pour une durée limitée, généralement comprise entre un et dix ans. Le registrar est tenu de vous adresser plusieurs notifications avant l’échéance, le plus souvent à 90, 60 puis 30 jours, afin que vous puissiez procéder au renouvellement de manière manuelle ou activer un renouvellement automatique. En l’absence d’action, le nom de domaine entre dans une première phase de suspension durant laquelle le site n’est plus accessible, ce qui peut déjà entraîner des dommages en termes de visibilité et de confiance des utilisateurs.
Passé ce délai, le domaine bascule dans une période de rédemption au cours de laquelle il reste récupérable, mais à un coût beaucoup plus élevé. Si aucune démarche n’est effectuée, le nom de domaine est définitivement supprimé et redevient disponible à l’enregistrement public. Il peut alors être immédiatement récupéré par un cybersquatteur ou un typosquatteur cherchant à exploiter la notoriété du site, parfois à des fins d’escroquerie, de détournement de trafic ou d’hameçonnage. Cette situation peut exposer les utilisateurs à des sites semblables, tandis que le titulaire initial perd tout contrôle sur son identité numérique, ouvrant la voie à des risques d’usurpation et de piratage.
4. Les DNS et DNSSEC
D’un point de vue technique, la protection du nom de domaine repose sur une gestion rigoureuse du DNS (Domain Name System), qui joue un rôle central dans le paysage de la cybersécurité. Ce système traduit les noms de domaine, lisibles par l’humain, en adresses IP exploitables par les machines. Lorsqu’un utilisateur saisit une adresse, une requête DNS permet de localiser le serveur qui va héberger le site concerné. Toutefois, certains attaquants tentent de détourner ce mécanisme afin de rediriger les internautes vers des serveurs malveillants, dans le cadre d’attaques de type DNS spoofing. Ce procédé permet de pirater des données, de mettre en place des campagnes d’hameçonnage, ou encore d’exploiter la confiance des utilisateurs à des fins d’escroquerie ou de supercherie.
Pour limiter ces risques, il est essentiel d’activer le DNSSEC (Domain Name System Security Extensions), un protocole de sécurité s’appliquant directement aux échanges DNS. Le DNSSEC garantit l’authenticité et l’intégrité des réponses grâce à des signatures cryptographiques, empêchant ainsi toute tentative de contrefaçon ou de modification frauduleuse des données. Concrètement, le système vérifie que l’information reçue provient bien de la source légitime et non d’un serveur contrôlé par un s’attaquant cherchant à d’exploiter la notoriété d’un site. En cas d’anomalie, la réponse est automatiquement rejetée, ce qui bloque toute redirection vers un site typosquatté, semblable ou organisé à des fins de détournement de trafic.
La mise en place du DNSSEC étant une procédure technique, elle est généralement assurée par l’hébergeur ou le bureau d’enregistrement du nom de domaine. À titre d’exemple, l’AFNIC, qui gère l’extension « .fr », propose également un mécanisme de verrouillage du nom de domaine au niveau du registre. Ce dispositif empêche toute opération sensible, comme un transfert ou une modification des paramètres DNS, sans l’autorisation explicite du titulaire, ce qui limite fortement les risques d’usurpation ou de récupération abusive par un cybersquatteur ou un typosquatteur.
IV. Que faire en cas d’imitation ou d’usurpation ?
1. La phase amiable
Avant d'engager toute procédure coercitive, il est recommandé de tenter une résolution amiable. Cette démarche consiste à prendre contact avec le titulaire du nom de domaine litigieux ou l'intermédiaire technique chargé de l’héberger. À ce stade, l'accompagnement par un avocat spécialisé est déterminant : il pourra rédiger une mise en demeure argumentée, rappelant vos droits antérieurs (marque enregistrée, dénomination sociale, nom commercial ou usage notoire). L'objectif est d'obtenir le transfert du nom de domaine ou la cessation de l’attaque sans passer par une procédure lourde.
2. Les procédures extrajudiciaires (SYRELI et UDRP)
Lorsque la voie amiable échoue, il est possible d’engager des procédures de résolution alternatives, plus rapides et moins coûteuses qu’une action judiciaire classique, afin de lutter efficacement contre le cybersquattage, le typosquattage ou le combosquattage. Ces mécanismes permettent de mettre fin aux pratiques par lesquelles un cybersquatteur ou un typosquatteur exploite un nom de domaine semblable.
Pour les extensions en « .fr » (Procédure SYRELI) : Gérée par l’AFNIC, la procédure SYRELI permet de demander le transfert ou la suppression d'un nom de domaine. Conformément aux articles L.45-2 et L.45-6 du Code des postes et des communications électroniques, cette action est possible si le nom de domaine porte atteinte à des droits de propriété intellectuelle, à la personnalité, à l'ordre public, ou s'il crée une confusion avec une institution française.
Pour les extensions génériques telles que « .com », « .net », « .org », « .online » ou « .store », la procédure UDRP constitue la norme internationale pour traiter les litiges liés au cybersquattage et au typosquatting. Elle vise notamment les situations dans lesquelles un s’attaquant tentent de d’exploiter la notoriété d’un signe afin de pirater des utilisateurs ou détourner du trafic. Pour obtenir le transfert ou la suppression du nom de domaine, le requérant doit démontrer trois conditions cumulatives : d’abord, l’identité ou la similitude de nature à créer une confusion entre le nom de domaine et une marque sur laquelle il dispose de droits ; ensuite, l’absence de droit ou d’intérêt légitime du titulaire actuel ; enfin, l’enregistrement ou l’usage du nom de domaine dans une logique de mauvaise foi, souvent liée à des tentatives d’attaque.
3. L'action judiciaire
Dans les cas les plus complexes ou lorsque les enjeux économiques sont majeurs, la voie judiciaire reste incontournable. Elle permet non seulement d'ordonner le transfert ou la suppression du nom de domaine, mais aussi d'obtenir la condamnation de l'auteur à des dommages et intérêts sur le fondement de la contrefaçon, de la concurrence déloyale ou du parasitisme. Bien que plus longue et coûteuse, cette voie offre au juge un pouvoir d'appréciation plus large que les procédures techniques automatisées.
Compte tenu de la technicité des règles de nommage et des enjeux stratégiques, l’intervention d’un avocat en propriété intellectuelle est vivement conseillée pour qualifier juridiquement l'atteinte, constituer un dossier probatoire solide et choisir la procédure la plus adaptée à votre situation.
V. FAQ
Comment reconnaître un site typosquatté ou cybersquatté lors de vos achats en ligne ?
Comme expliqué précédemment, un site typosquatté repose sur une technique de typosquattage ou de cybersquattage qui exploite un nom de domaine très proche, voire semblable, à celui d’un site légitime, souvent à cause d’une faute de nommage, d’un caractère manquant ou d’une extension différente. Ce type de supercherie vise le détournement de trafic lors d’achats en ligne, lorsqu’ils tentent d’accéder à un site connu. Les signes d’alerte incluent une adresse inhabituelle, un design approximatif, des contenus manquants, des fautes d’orthographe, l’absence de mentions légales ou des moyens de paiement non sécurisés. Dans ce paysage numérique, il est essentiel de vérifier l’URL exacte avant toute saisie de données personnelles ou bancaires.
Quels sont les risques de piratage associés au typosquattage et au combosquattage ?
Le typosquattage et le combosquattage sont des méthodes d’attaque utilisées par un s’attaquant ou un cybersquatteur pour exploiter la notoriété d’un site et organiser des opérations d’escroquerie ou d’hameçonnage. Le combosquattage combine un nom de marque avec des termes comme “login”, “support” ou “paiement”, ce qui renforce la crédibilité du site parodie et facilite le piratage des comptes. Ces techniques servent à voler des identifiants, détourner des paiements, diffuser des logiciels malveillants ou exploiter des données à des fins de contrefaçon. Les dommages peuvent aller du simple vol d’accès à une véritable usurpation d’identité, avec des conséquences financières et juridiques importantes.
Quels outils permettent de détecter les noms de domaine typosquattés ?
Il existe des outils de surveillance de marque et de noms de domaine capables d’identifier automatiquement les enregistrements similaires à un nom existant. Ces solutions analysent les nouvelles créations de domaines, les variations orthographiques et les combinaisons suspectes. Elles permettent d’être alerté rapidement afin d’engager des actions de blocage, de récupération ou de suppression. Il existe des solutions tel que Simple Domain Monitoring, Vigidomaine ou encore Flawtrack qui proposent ce type de service.
Récapitulatif : 5 Bonnes pratiques pour se prémunir du Typosquattage
Pour éviter que votre nom de domaine ne devienne une arme contre votre entreprise ou vos clients, voici les réflexes essentiels à adopter :
Anticipez l'enregistrement : Appliquez la règle du « premier arrivé, premier servi ». Réservez votre domaine dès la phase de conception du projet, avant même le dépôt de marque si possible.
Verrouillez votre périmètre : N'achetez pas seulement votre nom exact. Réservez préventivement les erreurs d'orthographe courantes, les extensions principales (.fr, .com, .eu) et les variantes (avec ou sans tiret) pour couper l'herbe sous le pied des squatteurs.
Activez le DNSSEC : Demandez à votre hébergeur ou registrar d'activer ce protocole pour garantir l'authenticité de votre site et empêcher les redirections malveillantes.
Automatisez le renouvellement : Ne laissez jamais un domaine expirer. Activez le renouvellement automatique pour éviter la période de « rédemption » où les pirates guettent la chute du domaine.
Mettez en place une veille : Utilisez des outils de surveillance pour être alerté dès qu'un nom de domaine proche du vôtre est déposé par un tiers.
Ressources officielles et Outils de signalement
Organismes officiels et bases de données :
INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) : Pour vérifier si le nom est déjà déposé en tant que marque.
Accéder à la base marques de l'INPI
AFNIC : L'office d'enregistrement pour les extensions en .fr. Ils gèrent la procédure SYRELI.
Détails de la procédure SYRELI
OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) : Pour tout savoir sur la procédure UDRP (litiges internationaux).
Outils de vérification (Whois) :
Who.is : Pour identifier le titulaire technique d'un nom de domaine et ses dates d'expiration.